Humanité ou Humanitude ? That is the question !
Memorus
En ces temps quelque peu ombragés, j’ai plaisir à contrebalancer l’ambiance, en allant chercher dans la littérature des mots éclairants qui font sens. En découvrant l’ouvrage L’Héritage de la liberté : De l’animalité à l’humanitude, du scientifique et merveilleux humaniste Albert Jacquard, je me suis demandé quel était ce mot Humanitude que je ne connaissais pas, quand mon cerveau a été soudainement happé, par un grand moment d’histoire :
Revenons en ce jour ensoleillé, mais froid du 7 janvier 2007. Ségolène Royal, en pleine campagne présidentielle, est en visite sur la grande muraille de Chine. Encapuchonnée dans sa doudoune blanche, le nez rouge, elle déclare : « Comme le disent les Chinois : qui n’est pas venu sur la Grande Muraille n’est pas un brave, et qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude ». Un point d’exclamation en fin de citation l’eut sauvée et mis ce néologisme sur le compte d’un humour rafraîchissant, mais que nenni ! La bravitude est bien, comme le mot humanitude, un néologisme, sauf que l’un est une bourde et l’autre est un concept !
Du concept à l’action
En fait, parler d’humanité ou d’humanitude, c’est évoquer deux mots jumeaux qui désignent une même aspiration : reconnaître en chaque personne un semblable, porteur de dignité et de sens. L’humanité exprime donc nos valeurs communes ; l’humanitude, elle, les fait vivre dans la relation concrète, par le regard, la parole, le toucher et la présence. Là où l’une affirme ce que nous sommes, l’autre rappelle comment nous pouvons agir pour l’être. Ensemble, ces deux mots féminins à la racine semblable, dessinent une manière d’être au monde fondée sur le respect, la bienveillance et la construction mutuelle.
Si l’humanité renvoie aux valeurs profondément humaines, telles que la compassion, l’attention portée à l’autre, la conscience d’appartenir à une même espèce, l’humanitude porte la sublime vocation de prolonger ce concept dans l’action, à travers une approche pédagogique concrète d’exprimer et de vivre cette humanité dans la relation.
Ces deux notions sont donc très proches : l’humanitude peut être vue comme l’humanité mise en acte, une forme d’attention incarnée qui cherche à préserver la dignité, la singularité et la place de chacun au sein du lien humain. C’est dans ce sens qu’Albert Jacquard en parle ; pour lui, l’humanitude désigne les richesses que les humains se transmettent les uns aux autres, les liens qui nous construisent et nous élèvent. Voir l’autre non comme un ennemi ou un obstacle, mais comme une source, un partenaire de construction mutuelle, c’est déjà participer à l’humanitude.
Cultiver le lien
C’est dans le domaine de la santé, notamment en gériatrie, que ce concept a pris toute son ampleur, en devenant une philosophie de soins : reconnaître l’humanité de chaque personne, quel que soit son âge ou son degré de dépendance, et créer avec elle une relation respectueuse, tendre et dialoguée. Ainsi, par le regard, la parole, le toucher et la verticalité, l’humanitude propose de faire vivre l’humanité au quotidien, en cultivant des liens positifs et en refusant toute forme de contrainte ou de violence dans l’accompagnement. Je pense personnellement que cette philosophie devrait être enseignée et répandue à grande échelle, pour être appliquée dans bien des domaines !
Au fond, l’humanitude c’est l’humanité incarnée, une manière de traduire nos valeurs humaines en gestes simples, en liens réels, en rencontres qui élèvent. Elle nous invite à voir dans l’autre non un obstacle, mais une ressource ; non une menace, mais une chance de grandir. Lorsque l’humanité devient relation, elle devient humanitude et c’est alors que nous touchons le meilleur de ce que l’être humain peut offrir à l’être humain. Comme quoi, parfois le néologisme mène loin…
