Disparition de l’écriture : la lente atrophie du cerveau !
L’éclipse des écrits formels et l’essor parallèle des messages immédiats parfois dictés, des tchats avec les services clients et des posts sur les réseaux sociaux soulèvent la question des conséquences de l’IA sur notre cerveau, notre réflexion et notre compréhension du monde. « Notre manière d’écrire façonne notre manière de penser », constate dans le New Yorker l’écrivain américain Hua Hsu. Or, nombre d’étudiants sont incapables de lire un roman en entier ou d’écrire une dissertation de façon autonome. Et cela dépasse cet environnement. Chacun d’entre nous est menacé par un appauvrissement de la pensée.
Diminution de notre capacité d’attention et de mémorisation
Enseignant à l’université, il dissèque les façons qu’ont les étudiants d’utiliser l’IA pour leurs devoirs et les enseignants de réagir, depuis les vaines tentatives de bannissement jusqu’à son intégration dans la pédagogie, en passant par les manières de la contourner : travaux écrits en classe plutôt qu’à la maison, examens oraux, exercices de contextualisation et de commentaire. L’auteur constate que certains étudiants deviennent lourdement dépendants de l’IA et « oublient presque qu’ils sont capables de penser ».
Pour l’enseignant, il est difficile de déterminer le moment où un travail « cesse d’être un exercice original de pensée ». Hua Hsu pose une question fondamentale : « Comment l’usage dans la durée de l’IA va-t-il transformer notre façon d’apprendre et de penser ? » Autrement dit, si écrire permet d’organiser nos idées, comment comprendrons-nous le monde si nous laissons l’IA rédiger à notre place ?
Réduction de notre pensée critique
La réponse du MIT Media Lab de Cambridge (Massachusetts) dans une étude de 2025 tend à nourrir l’inquiétude. Les participants étaient invités à produire des rédactions en utilisant ChatGPT, puis à se souvenir de leurs écrits. En constat, les zones du cerveau liées à l’attention, à la planification et à la mémoire ont considérablement diminué leur activité. Les chercheurs notent que les résultats « soulèvent des inquiétudes quant aux conséquences éducatives à long terme d’une dépendance » à l’IA.
Il s’agit de savoir si l’IA menace les compétences de rédaction des étudiants, la valeur du processus d’écriture et son importance comme véhicule de la pensée, s’interroge la linguiste américaine Naomi S. Baron dans un article publié par le site The Conversation. « Si (…) l’IA se charge d’écrire à notre place, nous réduisons nos possibilités de réfléchir par nous-mêmes », répond-elle. Nécessaire à toute réflexion critique, la capacité d’attention, déjà goulûment captée et monétisée par les réseaux sociaux, risque d’être grignotée davantage encore.
Il estime que la révolution numérique, l’effondrement de la pratique de la lecture et de l’écriture qui l’accompagne, et désormais l’IA portent en elles le danger d’une « lente atrophie [du cerveau] par la réduction de ses capacités cognitives et réflexives ». Et d’appeler à envisager un ordre d’intelligence artificielle centré sur l’être humain, et qui soit au service du lien.
Clé de notre capacité à penser et donc à vivre libres, notre agilité à lire et à écrire est menacée par une IA monétarisée.
Ressources
Humanités / Chronique, Philippe Bernard
Le Temps de l’obsolescence humaine, Bruno Patino
