a boy wearing a mask behind a plastic curtain

Les Mots sont des Super Pouvoirs !

Prenons, par exemple, un mot qui commence par la lettre A, comme Anesthésier.

Anesthésier, c’est étouffer les sens. L’étymologie grecque du mot est celle-ci : an veut dire “ sans” et asthesis signifie “sensation“. C’est donc ôter à l’individu les clignotants du vivant. 

À bien regarder ce qui se passe autour de nous, je me dis que ce mot “anesthésier” a bel et bien dépassé la frontière du médical. Il est aussi devenu un verbe d’action d’ordre politique et donc sociétal, conjugué à tous les temps. Je dirais même plus, une arme silencieuse. C’est comme la guerre froide désignée comme une paix belliqueuse ou une guerre limitée. Amis de la poésie Bonsoir ! Tout est histoire de Mots. Même pour tromper, étouffer, anesthésier. 

L’Homme détient le langage des mots,

Les mots ont le Pouvoir qu’on leur donne, 

donc tous les Hommes ont un Pouvoir sur les Mots.

Mon article paru le 28 mars, intitulé “ l’allégorie de la grenouille “, inspiré par le livre The boiled frog syndrom de Marty Rubin, montre comment un procédé anesthésiant peut, au-delà d’une action de détérioration lente des esprits, être un outil d’asservissement des masses. L’air de rien, dans un calme olympien, les consciences s’endorment sans révolte, sans sursaut. L’anesthésiant s’infuse partout, notamment dans un domaine qui m’est cher : l’éducation – car dans l’enfant, se trouve le destin de l’avenir.  

Je me souviens d’avoir été profondément marquée par une conférence donnée par l’illustre Ken Robinson, expert en éducation,  il y a plus de 10 ans, sur la nécessité d’un changement de paradigme du système éducatif. Rappelons que celui-ci a été fondé, conçu et organisé à une autre époque. Il repose sur la culture intellectuelle du Siècle des Lumières et sur la conjoncture économique de la révolution industrielle. À cette époque, être intelligent reposait uniquement sur le socle de la logique déductive et de la maîtrise des Humanités. Selon les capacités intellectuelles, on classait les élèves en deux catégories : les scolaires et les non-scolaires = les intelligents et les non-intelligents.

Cela n’a pas changé. Là aussi, nous demeurons victimes de cette mentalité manichéenne, comme anesthésiés. 

Pour étayer les conséquences de cet insoutenable immobilisme en matière d’innovation dans l’enseignement, tant sur la forme que sur le fond, Ken Robinson fait une comparaison avec les Arts, très peu enseignés dans les écoles françaises et pourtant symboles d’une approche pédagogique puissante, en termes d’ouverture des esprits. Il oppose ainsi, à mes yeux, la notion d’un enseignement anesthésiant (boring) à une pédagogie de l’éveil des sens et des consciences.  

Aborder le domaine des Arts à l’école, dit-il, est une expérience esthétique stimulante. C’est un fort levier d’apprentissage. Le contraire de l’anesthésiant ! Les sens fonctionnent pleinement et l’on occupe l’instant présent. Ce que l’on peut découvrir nous fait vibrer et révèle ce qu’il y a en nous. À travers les Arts, la créativité et la pensée divergente, par exemple, défient la standardisation des idées et la conformité de la pensée qui est souvent reine dans de nombreuses pédagogies. Ils invitent à formuler des questionnements, à considérer des idées originales, à bousculer la norme, à enrichir son lexique de mots pour évoquer nos propres émotions. Ils sont aussi une porte d’entrée royale vers notre propre imaginaire ! 

Changer le paradigme de l’éducation, selon Ken Robinson, ne signifie pas révolutionner l’existant, mais l’adapter, le compléter, l’enrichir à l’image de notre société en forte évolution. Ce n’est plus une question de choix, mais une question de survie de l’Intelligence humaine. 

En rappel, l’intelligence humaine est une combinaison de compétences cognitives, émotionnelles et sociales qui permettent aux individus de naviguer dans le monde de manière efficace et significative. Lorsque celle-ci est anesthésiée à coups d’uniformisation, de standardisation, de langage simplifié, de diktats, alors gare aux Gorilles !