ChatGPT, Ange ou Démon ?

L’IA est une avancée technologique majeure, fascinante, puissante, utile. Elle transforme nos pratiques, ouvre de nouvelles perspectives, y compris dans le champ de l’écriture. Mais cette transformation n’est pas sans conséquences.

Dans mon métier de rédactrice, je constate combien l’IA bouleverse les repères : elle automatise, elle standardise, elle fait gagner du temps à ceux qui s’y fient en toute confiance. Mais elle appauvrit et leurre aussi. La multiplication de contenus générés mécaniquement entraîne une perte de nuance, une uniformisation des tons, un relâchement des exigences syntaxiques, et, au bout du compte, une véritable banalisation des idées. Quand tout se ressemble, ce n’est pas seulement le style qui s’érode : c’est la pensée qui s’affaiblit. Car l’écriture n’est pas qu’un assemblage de phrases fluides : elle respire, elle exprime, elle porte une voix singulière.

Les limites d’une standardisation

L’IA générative, tel que l’outil ChatGPT, est saluée pour ses nombreuses qualités, et à juste titre. Mais elle l’est encore trop rarement pour ce qu’elle appauvrit, standardise ou efface. Le débat est immense, et je n’ai aucune prétention à me désigner experte ! Je souhaite simplement y déposer un grain de sel, tiré de ma pratique : je constate une hausse significative des demandes : pour corriger des contenus importés de ChatGPT, y réinjecter de la justesse de ton et de termes et surtout de l’authenticité dans des rédactionnels souvent standardisés. Ne croyez pas que ChatGPT est bon élève en tout !

Une question revient souvent à propos de mon métier de rédactrice : suis-je menacée par l’IA générative ? Si le risque existe théoriquement, il reste aujourd’hui très relatif. Il suffit de naviguer sur quelques sites pour mesurer l’ampleur des dégâts : fautes d’orthographe à répétition, tournures maladroites, glissements de sens, textes creux ou incohérents… À ce stade, une supervision humaine reste indispensable si l’on souhaite produire des contenus crédibles, porteurs de sens, et fidèles à une véritable identité de marque. (1) Il nous faut collaborer en bonne intelligence, sur un socle fait de discernement.


Débusquer les fossoyeurs

“Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue, abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. » (2) Nous utilisons les mots pour établir un lien subtil et unique avec autrui. Si l’exactitude du mot n’est pas, alors la pensée est approximative et la communication biaisée. N’est-ce pas Freud qui écrivit ? : « Si vous cédez sur les mots, vous cédez sur les choses. »

Les mots symbolisent notre identité.

Il faut bien comprendre que la langue française, grâce à son immense variété de mots et ses règles subtiles, désigne et structure la pensée. Certains croient qu’on peut promouvoir une identité forte avec des mots déconstruits, des tournures aléatoires, des approximations, un langage standardisé : ils ont tort. Un contenu rédactionnel est avant tout une expression de soi, et reflète un savoir-dire, mais aussi un savoir-faire, et un savoir-être. Alors gare aux banalités, si vous souhaitez vous singulariser ! Parce que dans la richesse et la justesse des mots, se trouve votre authenticité.

Finalement, ChatGPT n’est ni Ange, ni Démon, il est ce que vous avez l’intelligence d’en faire !

Ressources

  1. https://redacteurfreelance-biographia.fr/2025/05/26/des-mots-qui-vendent-la-puissance-dune-redaction-professionnelle/
  2. Borer, A. (2014a). De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française, Paris, Gallimard.

De Visscher, P. (1966-1967). Vers une psychologie socio-culturelle du langage, Le Langage et l’Homme, 2, 3, 4.

Hagège, C. (2012a). Contre la pensée unique, Paris, Odile Jacob.