A license to kill

Ce n’est pas seulement le titre d’un film avec Peter Brosnan.

Le “ permis de tuer “ a été voté par les députés.

Le 7 juillet à l’Assemblée Nationale, une loi instaurant une “ présomption de légitime défense “ a été votée en faveur des policiers qui font usage de leur arme.

Cette mesure rompt clairement avec le principe d’égalité devant la loi en créant une impunité pour les policiers et gendarmes qui se rendraient coupables de violences illégales. L’emploi du terme présomption dans ce cas de figure interroge ; car à travers cette loi, le gouvernement autorise policiers et gendarmes à tuer ; sans la nécessité de rendre des comptes, car sans la nécessité d’une enquête, précise Amnesty International.

Le 30 juin, lors d’une conférence de presse à l’appel de l’association Stop aux violences d’État (SAVE), des avocats, des magistrats, des représentants d’associations, dont Amnesty International, ont alerté du véritable danger d’une telle loi. Une pétition de plus de 300 000 signatures n’aura pas suffi pour la remettre en question.

Ma fonction de rédactrice me pousse aussi à montrer comment une “ loi de mort “ peut être soutenue par une tentative de légitimation, à travers la manipulation sémantique. En rappel, la manipulation sémantique consiste à modifier la perception morale d’un fait, non pas en changeant le fait lui-même, mais en changeant les mots qui le désignent. Le permis de tuer est ici maquillé en l’expression  “ présomption de légitime défense “ ; une loi inconcevable devient une formulation banale. Le langage sert-il alors à maquiller la nature de l’acte, son véritable objectif et à détourner le jugement ?

Cette stratégie ne cherche pas à prouver que cette loi est acceptable, mais à rendre impossible de la nommer correctement. Et quand une réalité est maquillée, elle ne peut plus être nommée clairement, et par conséquent, elle devient plus difficile à condamner. Ce qui n’est pas défini comme une dérive n’a pas à être justifié. C’est bien cela l’inversion morale et la manipulation sémantique.

L’expression “ présomption de légitime défense  » fait figure ici d’un anesthésiant moral : neutre, elle tente de rendre l’inacceptable légitime. C’est aussi cela le pouvoir des mots. À force d’habiller l’inconcevable avec des mots édulcorés, on l’habitue au regard. Ce qui est impensable devient discutable, puis tolérable. La banalisation de certains mots participe à une forme d’ingénierie psychologique visant à influencer délibérément les perceptions collectives.

Au fond, tout semble reposer sur une fraude morale : changer les mots pour changer le jugement. C’est transformer un abus en vision du monde, une transgression en posture légitimée.

Une civilisation ne s’effondre pas quand le mal existe, il a toujours existé, mais quand certains entreprennent de le rendre admissible ou respectable. Je vous laisse imaginer les conséquences d’une telle loi sur nos comportements sociétaux ; toute contestation, toute manifestation pacifiste, ou tout rassemblement citoyen risque d’en subir les affres. Et dans ce cas, comment manifester notre libre expression, sans la peur au ventre ?

La démocratie est un régime politique fondé sur la souveraineté du peuple, l’égalité des citoyens devant la loi, le respect des libertés fondamentales et des élections libres, régulières et pluralistes. Démocratie, que deviens-tu ?